Place de l’Activité Physique Adaptée à la suite d’une transplantation rénale

Posté le 29 juin 2017 par Gilles THONI - Commentaires (1)

La transplantation rénale est une priorité nationale depuis la mise en place du plan greffe 2012-2016.. Des projets d'intervention en Activité Physique Adaptée se développent depuis quelques années au bénéfice des personnes ayant bénéficié d'une transplantation rénale. Mathilde, Elsa, Naomie et Carlmikaël sont enseignant.es en APA et poursuivent leur cursus en Master 2 "Activités Physiques Pour la Santé" (APPS) à l’UFR STAPS de Montpellier. Ils nous proposent une réflexion sur le thème.

La transplantation rénale est une priorité nationale depuis la mise en place du plan greffe 2012-2016. Suite à ce plan, en 2017, la loi sur le don d’organe a changé : tout individu est donneur sauf s’il exprime explicitement le contraire auprès de ses proches (attestation écrite ou orale retranscrite) ou sur le registre dédié aux refus (décret n° 2016-1118 du 11 août 2016).

Ces mesures ont été prises dans le but d’augmenter le nombre de dons d’organes, les besoins de greffe étant croissants. Cette nécessité s’explique par le vieillissement de la population. En effet, les transplantations les plus répandues sont la conséquence de maladies survenant avec l’avancée en âge (insuffisance rénale, insuffisance cardiaque, cirrhose...). Le rein est l’organe le plus couramment greffé avec près de 3 000 transplantations par an en France sur 5 700, tout organe confondu (Agence de la biomédecine, 2016).

La transplantation est le meilleur traitement pour permettre aux sujets de retrouver une certaine qualité de vie. Elle permet également d’augmenter l’espérance de vie des patients. Cependant, ce n’est pas un acte anodin et la transplantation suit des protocoles très précis. Elle intervient pour remplacer un organe déficient dont la fonction est vitale. Le donneur et le receveur doivent être compatibles pour que la greffe puisse se dérouler, on parle de compatibilité tissulaire. Cependant, il existe dans tous les cas des risques de rejet non prévisibles. Outre le rejet de l’organe, une infection peut également survenir, rendant le patient fragile en diminuant ses défenses immunitaires. La transplantation n’est donc pas sans conséquence et une fois celle-ci effectuée, il est nécessaire de suivre des consignes bien précises pour éviter tout effet indésirable (Jungers et al., 2011). En effet, les personnes greffées ont souvent une longue période d’inactivité avant et/ou après la transplantation et par conséquent sont grandement déconditionnés physiquement (Depiesse, 2016).

L'activité physique (AP) post-transplantation rénale est alors un élément important de la convalescence. En effet, elle peut contribuer à une récupération efficace mais aussi à un maintien de la santé du patient greffé du rein. L’AP joue un rôle en diminuant les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 ou d’effets secondaires pouvant survenir à la suite de la greffe. Elle permet également l’amélioration des capacités physiques (Depiesse, 2016), notamment les capacités aérobie, la force musculaire et la perte de masse grasse (Mac Donald, Kirkman & Jibani, 2009). D’autre part, l’apport psychologique de l’AP est non négligeable, notamment dans la lutte contre la fatigue ou encore dans le développement du bien-être (Griffin, 1998). La pratique d’AP est donc un moyen d’améliorer à la fois la qualité de vie physique et mentale des personnes transplantés (Jibani et al., 2009).

De nombreux sports sont autorisés et peuvent être pratiqués jusqu’en compétition. Cependant, du fait de la localisation du rein, les sports pouvant entraîner des chocs et des traumatismes sur le greffon restent fortement déconseillés. Il en est de même pour les sports où l’intensité ne peut pas être contrôlée par le sujet lui-même. C’est pourquoi les activités comme les sports collectifs ou sports de combats sont à éviter ainsi que la musculation à charges lourdes. Cela est aussi le cas pour les sports nécessitant un effort violent tels que le sprint.

En revanche, les activités d’endurance associées à de la musculation à charges légères peuvent être pratiquées, ainsi que les activités à décharge totale ou partielle (natation, cyclisme, aviron). Les sujets peuvent notamment commencer progressivement avec de la marche, du cyclisme et évoluer par la suite vers de la course à pied. La natation est possible dès 6 mois après l’opération, en particulier pour éviter les risques d’infection.

En ce qui concerne la fréquence de pratique, 3 séances par semaine de 30 minutes sont recommandées (Depiesse, 2016) à une intensité faible ou modérée. Une échelle de Borg (Borg, 1970) peut être mise à disposition du sujet afin qu’il puisse lui-même apprendre à évaluer l’intensité de sa pratique. Comme dans toutes les Activités Physiques Adaptées (APA), il est important que la personne ressente du plaisir lors de la pratique et ne se sente pas contrainte à faire l’activité.

Il faut également noter que le niveau de pratique après une transplantation est prédicteur de survie (DeOreo et al., 1997). Les néphrologues, ont, pour 98 % d’entre eux, conscience que l’activité physique est bénéfique pour les sujets greffés. Mais seulement 49 %  font la démarche d’en parler à leurs patients, 28 % l’encouragent et la conseillent réellement et 4 % vont jusqu’à distribuer de la documentation à ce sujet, d’après une étude de Johansen et al. (2003). Ceci peut donc expliquer en partie le faible niveau de pratique d’activité physique des patients transplantés (Lin et al., 2011). Il est donc important de communiquer et mettre en avant les besoins en activité physique chez cette population et de sensibiliser les professionnels de santé en contact avec cette dernière. De plus, dans les cas où les patients ont des habitudes de vie saines à la suite de l’opération, il est remarqué qu’avec le temps celles-ci diminuent (Lin et al., 2011). Le rôle de l’enseignant en APA dans cette démarche est alors primordial afin de pérenniser la pratique. En effet, la transmission d’information sur les bienfaits et intérêts de l’AP est importante mais reste non suffisante pour un changement de comportement durable. Il est alors conseillé d’évaluer les résistances et craintes du patient dans le but de trouver des solutions réalistes et qui lui correspondent. L’enseignant en APA peut, pour faciliter l’engagement du pratiquant, établir un accord avec ce dernier sur les modalités de pratique. Cet accord permettra au sujet de se fixer des objectifs et de se projeter dans la poursuite de l’activité physique à la suite du programme en APA.

En conclusion, il est nécessaire que les professionnels de santé entourant le patient soient convaincus de l'intérêt des AP pour que ce dernier prenne lui-même conscience de la nécessité d’une pratique régulière suite à la greffe. Le niveau de pratique d’AP des sujets devrait notamment être évoqué lors des bilans annuels effectués.

Dans cette démarche, l’Enseignant en APA (EAPA) a toute sa placepour permettre la réintroduction progressive et sécurisée de l’AP dans la vie quotidienne des sujets à la suite de l’opération. Cette AP doit être encadrée dans les premiers temps afin de mener les patients vers une pratique autonome et régulière. Pour atteindre cet objectif, l’EAPA se doit d’utiliser ses compétences tant sur le plan de la physiologie que de la psychologie.

 

Bibliographie :

 

Borg,  G. (1970). Perceived exertion as an indicator of somatic stress. Scandinavian Journal of Rehabilitation Medecine, 2(2), 92–98.

Décret n° 2016-1118 du 11 août 2016 relatif aux modalités d'expression du refus de prélèvement d'organes après le décès.

DeOreo, P.B. (1997). Hemodialysis patient-assessed functional health status predicts continued survival, hospitalization, and dialysis-attendance compliance. American Journal of Kidney Disease, 30, 204-212.

Depiesse, F. (2016). Prescription des Activités Physiques (2e édition). Paris : Elsevier Masson.

Griffin, P. (1998). Exercise and sport after organ transplantation. British Journal Sports Medicine, 32, 194.

Johansen, K.L., Shubert, T., Doyle, J., Soher, B., Sakkas, G.K. & Kent-Braun, J.A. (2003). Muscle atrophy in patients receiving hemodialysis: effects on muscle strength, muscle quality, and physical function. Kidney International, 63, 201-207.

Jungers, P., Nguyen Khoa Man, Joly, F. & Legendre, C. (2011). L'insuffisance rénale chronique : prévention et traitement. Paris : Lavoisier, Médecine sciences publications.

Lin, S-Y., Fetze, S.J., Lee, P-C. et Chen, C-H. Predicting adherence to health care recommendations using health promotion behaviours in kidney transplant recipients within 1–5 years post-transplant. Journal of Clinical Nursing, 20(23-24), 3313-3321.

Mac Donald, J.H., Kirkman, D. & Jibani, M. (2009). Kidney Transplantation: A Systematic Review of Interventional and Observational Studies of Physical Activity on Intermediate Outcomes. Advances in Chronic Kidney Disease, 16(6), 482-500.

Site de l’Agence de Biomédecine : www.agence-biomedecine.fr

 

Mathilde FUNGENZI, Elsa JAVERNAUD, Naomie JERMAINS, Carlmikaël LAVITAL

Enseignants en APA

Etudiants en deuxième année de master Activités Physiques Pour la Santé (APPS) à l’UFR STAPS de Montpellier.

A propos de Gilles THONI

Responsable du comité Occitanie


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